Badbigboys Custom Longboards – Phil Dupuis


Badbigboys Custom Longboard

Voilà maintenant un an que nous avons rencontré Phil pour la première fois. En plus d’être très sympathique, il a indéniablement un véritable talent pour le shape. Il nous raconte ici son parcours et ses futures projets!…

 

1- Salut Phil, tu peux te présenter ? Tu as quel âge, tu viens d’où, quel est ton boulot…

– Salut Nico et Sarah, je m’appelle Phil Dupuis, je viens de fêter mes 48 balais, je viens de pas mal d’endroits en fait ! La

Phil Dupuis

Phil Dupuis

construction de soi ça forme des couches (parfois une sacrée!), un peu comme les plis d’érable. J’ai fait des études de langues appliquées puis je me suis tourné vers des métiers à vocation créative, ce qui me ressemblait depuis toujours. J’ai été photographe de pub pendant une décennie puis je suis devenu tatoueur pro il y a douze ans, j’ai exercé dans plusieurs grandes villes, la dernière étant Clermont-Ferrand où je me suis installé il y a deux ans.

 

2- Qu’est ce qui t’as amené au shape?

– Ma première approche du shape remonte à longtemps, dans le domaine du windsurf où les premiers customs étaient construits à la main, comme les surfs, en shapant des pains de mousse haute densité pour les stratifier ensuite à la fibre de verre ou carbone/époxy, sans oublier le stade de la déco bien sûr. Ma première planche à voile shapée ainsi date de 1983 ou 84, ça fait trente ans. En 88-89, j’ai un peu bossé en surf-shop, bricolé sur les premiers snow alors que la discipline déboulait en Europe. Les engins n’étaient pas dérivés de la technologie ski à l’époque, ils étaient en foam-core et j’en ai ridé qui n’avaient même pas de carres !! Je les reprenais et je leur rajoutais des carres flexibles stratifiées à l’époxy. Quand au travail du bois, sur de petits objets, ça remonte à l’enfance. Comme beaucoup, j’ai mis gamin les pieds sur un skate, mais à l’époque (1977-78) je préférais déjà descendre des rues en pente que tenter des figures avec. Je me suis remis à rouler avec le longboard peu après mon arrivée à Clermont, et comme je voulais prendre un peu mes distances par rapport au tattoo et travailler le bois, j’ai choisi de fabriquer les boards sur lesquelles j’allais rouler.

Phil Dupuis

 

3- Tu as fait le choix d’utiliser notre matériel à savoir, la Thin Air Press et notre érable Canadien. Pourquoi ce choix?

– Comme je l’ai dit, j’ai de solides notions du travail du bois et de la matière, notamment grâce à mon père qui m’a appris pas mal de choses sur la résistance des matériaux, ce qu’était un effort mécanique, des trucs comme ça. Lui était ingénieur et a fait carrière dans l’industrie aéronautique, avec des parenthèses dans l’automobile de course dans les années 50. Tout en même temps, mon souhait de départ était de produire de manière artisanale. Il me fallait un matériel me permettant de pousser mes recherches assez loin dans les formes, sans pour autant investir l’intégralité de mon temps ou des budgets fous pour avancer. Je ne suis pas adepte des planches sans formes, bien sûr les riders de haut niveau font des merveilles quelque soit l’engin, mais si le shape n’avait pas son importance alors les surfers surferaient des planches à repasser, tout comme les snowboarders, les SUPers etc. Pour moi, le shape est une manière d’assurer la cohérance de l’engin avec sa pratique, son gabarit, son niveau. Il est au service du rider, et si tu peux rouler un longboard qui te permet de trouver et doser naturellement tes appuis, c’est gagné.

 

4- Tu as donc créé BadBigBoys Custom Longboards. Raconte-nous comment cela a commencé.

– La première planche que j’ai sortie, je l’ai offerte à mon fils ainé, qui avait 10 ans alors (mais je la roule également de temps en temps avec un set-up orienté freeride). Puis je me suis pris au jeu, tout en même temps que je progressais un peu dans ma façon de rouler, et que je m’orientais vers le DH. J’ai shapé un deuxième moule qui était censé donner une planche de descente. Le shape était timide, je n’avais pas osé pousser le bois dans ses retranchements et le calage des pieds était vraiment trop light. Je suis reparti avec l’idée de concevoir une board qui me guide tout autant que je la guiderais, et c’est comme ça qu’est née la RaceDog. C’est une board de descente, et non de freeride, elle est faite pour rester au sol, et d’ailleurs elle s’y accroche bien ! En quelques sessions avec, j’ai gagné en confiance et en vitesse, même si je veille à rouler très prudemment. Le contact avec les riders et l’accueil de la board ont fait le reste, je me suis lancé dans la production d’une mini série, le kiff étant de produire pour le plaisir et celui des autres. Pas de vocation mercantile, juste une cohérence entre le but et le travail mis en œuvre.

 

Ready-to-go

Ready-to-go

RaceDog

 

5- Quand on voit le shape de la Racedog on comprend tout de suite que tu as dû passer beaucoup de temps à l’élaboration de ton moule. Explique-nous un peu le travail réalisé sur cette planche.

– Pour la RaceDog, j’ai passé un temps fou à regarder mon pain de mousse le crayon à la main, avant de poser le Racedogmoindre repère de découpe ! J’avais dessiné un template (gabarit) pour le contour, évolution de la précédente planche, puis j’ai pris mon temps pour visualiser dans ma tête les zones d’appui, de poussée, d’équilibre, tout en mettant les pieds sur tous les decks que j’ai à la maison et en analysant ce qui me paraissait pertinent , qu’ils soient orientés carving, slalom ou freeride. Je suis parti rouler, je suis rentré, j’ai pris des notes, fait des croquis, reparti rouler et ainsi de suite. J’ai shapé mon moule en tenant compte de l’importance de chaque facteur et mis sous presse par demie-tranche, d’abord les 4 premiers plis, puis dans un second temps les 4 suivants, pour que l’érable épouse les formes du moule au plus près, avec le moins de résistance possible. Quand j’ai démoulé ce premier proto de RaceDog, et que j’ai posé mes pieds nus dessus avant même de l’avoir découpé, j’ai senti que j’avais sorti un truc qui tenait la route. Il y avait l’ensemble des cartactéristiques attendues, sans pour autant avoir un shape violent sous les pieds.

 

6- J’ai cru comprendre que Punkaroulettes ainsi que Pierre de Fulkit t’avaient aidé pour la phase de test. Comment cela s’est-il déroulé?

– J’ai croisé Punkaroulettes au Saint Pathik Freeride en 2014, j’y roulais le proto RaceDog pour la première fois. Je lui ai passé pour deux runs, et à la fin du week-end il m’a demandé si je comptais en produire d’autres ou si c’était un one-shot. L’idée qui germait commençait à trouver son terrain de prédilection. Puis je suis allé voir Pierre jusqu’à Grenoble, je lui ai montré la board, il a posé les pieds dessus et posé des questions. Rentré à Clermont, j’ai pressé une planche pour chacun, avec des petites variations techniques, pour avoir leur feed-back en ride, et valider ou invalider mon travail. C’était un peu audacieux, mais comme dit Brel, le monde sommeille par manque d’imprudence. La board a séduit par ses qualités en ride, le moule était bon, j’ai juste un peu réduit certaines dimensions, notamment enlevé un léger excès de largeur. Les copains de notre asso Auver’Ride (big up !) m’ont aussi beaucoup apporté de leur ressenti, lors des sessions ridées ensemble. Jusqu’à concrétiser mes efforts dans la réalisation de deux RaceDog spéciales Coupe de France, remises en prix aux Champion et Championne français.

RaceDogPhilaction
RaceDogPhilaction

 

RaceDogPhilaction

 

 

 

 

 

 

 

7- Des ambitions pour BadBigBoys Customs Longboards pour l’avenir ? De nouveaux modèles prévus ?

– mon ambition est de continuer à faire les choses simplement, sans péter plus haut que mon cul. Je produis au compte-goutte, des planches artisanales dont une grande partie des phases de travail est manuelle. Pas de machine-outil, beaucoup d’outils qui tiennent dans la main en revanche. J’aime le travail manuel, il impose de rester simple pour devenir meilleur, que ce soit en tenant un crayon ou une râpe. J’ai la tête qui fourmille d’idées, le prochain proto à l’étude, la Bestiale, est une planche tirée des boards de pool, qu’on aurait agrandie pour lui permettre de sortir du bowl et de faire un peu de pente. Elle tapera dans les 85 cm par 24, en double kick, avec un bon tail assez imposant et un nosekick un peu plus petit. Mais c’est pas une freeride-DH non plus… Je crois que je te dirai ce que c’est vraiment quand je l’aurai faite. J’ai aussi envie de taper un deck de dancing, mais je vais être tenté d’y inclure du carbone pour le pop et là, les choses vont se compliquer… J’aime quand même beaucoup l’idée du wood-only.

 

8- Le mot de la fin. Des remerciements ou des dédicaces ?

– Rouler sans fin !! (dédicace à Momo pour le pitch). Je remercie tous ceux et celles qui me permettent d’évoluer et de grandir au quotidien. Anne, pour l’ensemble de ses encouragements et sa présence, Punkaroulettes et Pierre, pour leur confiance et leur ouverture fasse au nouveau venu que j’étais, Simon, Gaëtan, Camille et Arthur d’Auver’Ride, qui m’ont appris à rouler dans le pentu, ainsi que tous les riders que j’ai pu croiser et qui communiquent notre passion. Je glisse un petit mot de remerciement à Roarockit, sans qui je serai sans doute en train de tenter de fabriquer un bâti de presse, certes efficace, mais tellement plus contraignant, et votre approche amicale à tous les deux, Nico et Sarah. Le mot de la fin va à l’équipe du Cri du Kassis, où j’officie, notamment à Val, sans qui je n’aurai pas la liberté de créer. C’est énorme.

RaceDog

Shape-by-Phil Dupuis

Shape-by-Phil Dupuis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une série limitée de sa toute dernière planche (La RaceDog), est disponible sur Fulkit.

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